L'écart de richesses aux États-Unis a atteint des niveaux historiques, rappelant l'inégalité extrême des années folles de l'ère du jazz, où la fortune nationale était concentrée entre les mains d'une élite.
Pendant les Années folles, les Américains les plus riches détenaient près d'un quart de la richesse totale des ménages, un niveau qui a chuté durant la Grande Dépression suite au krach boursier de 1929. Depuis les années 1980, la concentration des fortunes chez les ultra-riches remonte, alimentant les craintes d'une nouvelle bulle spéculative aux conséquences graves, selon plusieurs économistes.
De nombreux facteurs expliquent cette inégalité croissante des revenus : baisses d'impôts pour les riches, déclin des syndicats, mondialisation, avancées technologiques et érosion du salaire minimum. Les libéraux critiquent l'échec des baisses d'impôts à stimuler une croissance inclusive, tandis que les conservateurs privilégient l'aide caritative individuelle plutôt que des réformes systémiques.
Les États-Unis figurent parmi les nations les plus riches mais aussi les plus inégalitaires. En 2017, parmi les pays développés, ils se classaient 23e sur 30 en termes de revenu, santé, pauvreté et durabilité. Stacker a compilé, à partir de reportages, études universitaires et évaluations internationales, les étapes marquantes de cette évolution.
1 / 10À l'ère du jazz, des figures comme JP Morgan Jr., Charles M. Schwab et Vincent Astor dominaient la liste Forbes de 1918. Les 0,1 % les plus riches détenaient près de 25 % de la richesse nationale, d'après Gabriel Zucman (Université de Californie à Berkeley). Le krach de 1929 a fait chuter ce ratio sous 10 % fin 1970, avant une remontée à près de 20 % aujourd'hui.
2 / 10Ronald Reagan a lancé des décennies de réductions fiscales pour les hauts revenus, considérées par les économistes comme un facteur clé de l'inégalité actuelle. En 1981, le taux marginal maximal passe de 70 % à 50 %, puis à 28 % en 1988. Les 1 % les plus riches gagnent 350 000 $ en 1985, contre 3 500 $ pour un ménage moyen (John Komlos, historien économique).
3 / 10George H. W. Bush, promettant « lisez sur mes lèvres : pas de nouveaux impôts », relève finalement le taux maximal à 31 %, annulant partiellement les coupes Reagan. Sceptique initialement de l'« économie vaudou », il essuie la colère républicaine et perd la réélection face à Clinton et Perot. Depuis, aucun leader républicain national n'a relevé les impôts.
4 / 10Les coupes fiscales de George W. Bush avantagent massivement les hauts revenus, selon le Center on Budget and Policy Priorities. Les 1 % les plus riches économisent plus de 570 000 $ par an (2004-2012), boostant leur revenu net de 5 %. Coût : environ 2 % du PIB en 2010.
5 / 10L'éclatement de la bulle immobilière frappe durement les ménages modestes : valeur nette des 80 % inférieurs chute de 39 % (2007-2010), contre 14 % pour les 20 % supérieurs. Depuis 1979, les revenus du top 1 % bondissent de 229 %, contre 46 % pour les 90 % inférieurs (Economic Policy Institute).
6 / 10La Tax Cuts and Jobs Act de 2017 profite surtout aux riches et entreprises, malgré les promesses pour la classe moyenne. Coût : 1,9 billion de dollars sur 10 ans. Recettes fiscales 2018 : 275 milliards inférieurs aux prévisions (Brookings Institution).
7 / 10Part de classe moyenne : 61 % en 1971 à 51 % en 2019. Revenus moyens +49 % (1970-2018), contre +64 % pour les hauts revenus. Déclin syndical : inégalité hommes +4 points, femmes +7 points (1979-2019, Economic Policy Institute).
8 / 10En 1980, top 1 % : 10 % des revenus US et Europe. En 2016 : 20 % US vs 12 % Europe (World Inequality Report 2018). Part des 50 % les plus pauvres : 13 % US (vs 20 %+ en 1980).
9 / 10La Covid-19 aggrave les disparités noires/blanches : 65 % des ménages noirs au chômage sans 400 $ d'urgence vs 47 % blancs (Center for American Progress). Conséquences : éducation, entrepreneuriat, logement, retraite.
10 / 10Fortune des milliardaires US +70 % (2,1 billions $), de 3 à 5 billions $ (mars 2020-oct. 2021). Nombre : 614 à 745. Les 50 % inférieurs : 3 billions $ (Forbes, Americans for Tax Fairness, Institute for Policy Studies).