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Google Search : un service public ? Le recours inédit de l'Ohio contre les pratiques anticoncurrentielles

Google et d'autres géants de la tech (Big Tech) font face à des défis juridiques multiples, du Congrès américain et des législatures des États aux tribunaux fédéraux et étatiques, en passant par les autorités étrangères. La plupart des critiques de Google, Meta (ex-Facebook), Twitter, Amazon et consorts se concentrent sur leurs comportements de marché jugés anticoncurrentiels et monopolistiques. La Federal Trade Commission (FTC) et les procureurs généraux des États ont lancé des poursuites antitrust contre ces entreprises internet. Les législateurs, après des auditions approfondies, estiment la législation antitrust actuelle insuffisante et plaident pour des réformes ciblées sur le pouvoir des Big Tech.

Big Tech : régulation comme service public ou antitrust ?

Tandis que l'administration Biden et le Congrès privilégient les approches antitrust pour contrer le pouvoir des Big Tech, le procureur général de l'Ohio, Dave Yost, adopte une stratégie novatrice dans un procès contre les pratiques anticoncurrentielles présumées de Google dans l'État du Buckeye. Dans une plainte déposée devant un tribunal étatique, il argue que Google Search constitue un service public et/ou un transporteur public. L'État requiert un jugement déclaratif confirmant ce statut et interdisant des pratiques commerciales et techniques incompatibles.

Caractéristiques d'un service public ou transporteur public

Selon la loi de l'Ohio et celles d'autres États ou du gouvernement fédéral, qualifier une entreprise de service public ou transporteur public reconnaît l'impact de ses opérations sur le bien-être public, la soumettant à une régulation stricte. Un service public fournit des biens ou services essentiels (électricité, téléphone, eau) au grand public dans des conditions équitables. Les transporteurs publics acheminent biens ou services (chemins de fer, compagnies aériennes, télécoms) sans discrimination.

Typiquement, ces entités sont des monopoles naturels, coûteux à établir et exploiter, autorisés pour des raisons d'efficacité économique. Elles sont régulées par des commissions fédérales, étatiques ou locales, avec un contrôle régulier de leurs tarifs, qualité et performance via des audiences publiques.

L'État de l'Ohio contre Google

La plainte de Yost détaille comment Google Search favorise ses affiliés et clients au détriment des concurrents via une hiérarchisation biaisée, un traitement préférentiel et des algorithmes s'améliorant avec l'usage, entravant la concurrence. Elle critique l'affichage des résultats priorisant les liens Google, menant à des "recherches de clics capturés".

L'État limite sa demande à l'Ohio, notant que Google Search adapte ses résultats par localisation. Il domine avec plus de 88 % des recherches internet en Ohio en 2020-2021, utilisé par la majorité des résidents, constituant un intérêt public monopolistique.

Demande de jugement déclaratif et d'injonction

L'Ohio exige que Google s'abstienne de discriminer en faveur de son contenu. Une injonction permanente interdirait de prioriser ses produits sans égalité pour les non-Google, et d'inclure des pages de "clics capturés" sans accès équivalent pour les concurrents.

Autres arguments pour un statut de service public

L'Ohio n'est pas isolé : d'autres plaident pour réguler Google Search et les Big Tech comme services publics, pour des motifs variés. Clarence Thomas, juge de la Cour suprême, a suggéré dans une opinion concordante (Biden v. Knight First Amendment Institute at Columbia University) que les plateformes numériques ressemblent à des transporteurs publics.

Après les bannissements de Donald Trump par Facebook/Twitter et le retrait de Parler des app stores par Apple/Google, certains conservateurs prônent ce statut pour interdire la censure. D'autres, conservateurs ou libertariens, contestent, arguant que la concurrence publicitaire est réelle et que le monopole peut s'effriter avec de nouveaux outils.

Opposition à la qualification de service public

Certaines voix anti-censure complètent par l'abrogation de la Section 230 (Communications Decency Act), protégeant les plateformes de responsabilité éditoriale tout en leur permettant de modérer. D'autres préfèrent la concurrence émergente à la régulation.

À ce jour, l'approche service public menace moins les Big Tech que l'antitrust, comme l'illustre le rejet récent de deux plaintes FTC/États contre Meta.

Menace principale pour les Big Tech : l'antitrust

Le soutien bipartisan à l'antitrust, malgré des motivations variées, représente le défi majeur. Le consensus sur la menace institutionnelle des Big Tech appelle à une régulation externe urgente.

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