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Les Baby Bonds : une solution efficace contre les inégalités de richesse intergénérationnelles ?

Durant sa campagne pour l'élection présidentielle de 2019, le sénateur Cory Booker (D-N.J.) a proposé une mesure ambitieuse : créer un fonds gouvernemental pour chaque enfant né aux États-Unis, alimenté régulièrement jusqu'à la majorité. Baptisés "Baby Bonds", ces comptes visent à réduire les disparités raciales et de revenus en offrant un capital initial aux jeunes adultes issus de milieux modestes.

Points clés à retenir

  • En 2019, Cory Booker a suggéré que le gouvernement fédéral alloue des "obligations pour bébés" à chaque nouveau-né américain, avec des contributions annuelles variables.
  • Ces fonds offrent un soutien financier à la majorité pour briser le cycle de la pauvreté intergénérationnelle.
  • Les apports dépendent du revenu familial, de la richesse, de la race et de l'origine ethnique, favorisant les familles noires et latinos par rapport aux familles blanches.

Les propositions détaillées

Pour sa campagne démocrate de 2019, Cory Booker a mis l'accent sur l'éradication de la pauvreté intergénérationnelle. Sa proposition innovante : un compte d'épargne pour chaque enfant né en Amérique, alimenté annuellement par l'État fédéral jusqu'à 18 ans. Selon ses estimations, cela pourrait fournir jusqu'à 50 000 $ aux plus démunis pour financer leurs études.

Les "Baby Bonds" s'inscrivent dans une tradition historique. Dès 1797, Thomas Paine préconisait 15 livres (environ 1 800 $ actuels) par citoyen majeur. Le Royaume-Uni a lancé un programme similaire en 2005 (250 £ par enfant), arrêté en 2010. L'Université Duke propose quant à elle des obligations jusqu'à 60 000 $ pour combattre la pauvreté.

L'objectif : un coup de pouce financier à l'âge adulte pour les enfants de familles pauvres, rompant ainsi le cercle vicieux de la misère.

Note : Le terme "baby bond" désigne aussi des obligations à faible valeur nominale, mais ici, il s'agit plutôt d'un fonds fiduciaire financé par l'État, similaire aux trusts des enfants aisés.

Lutter contre les inégalités de richesse

La proposition de Booker est l'une des plus précises. Un compte initial de 1 000 $ est ouvert pour chaque enfant américain. L'État y verse jusqu'à 2 000 $ par an, inaccessible avant 18 ans. Les contributions varient selon le revenu familial : plus élevées pour les plus modestes.

Avec intérêts composés, les comptes des plus pauvres atteindraient environ 46 200 $, contre 1 700 $ pour les plus aisés. Les enfants noirs et latinos bénéficieraient en moyenne du double par rapport aux Blancs, reflétant les écarts de richesse actuels.

Cette redistribution sélective séduit les progressistes pour son potentiel à combler l'écart riches-pauvres.

Avantages et inconvénients des Baby Bonds

Avantages

  • Stimulation de l'entrepreneuriat et de l'accession à la propriété.
  • Financement des études supérieures pour les jeunes défavorisés.
  • Effets positifs sur les individus et la société via une redistribution ciblée.

Inconvénients

  • Coût estimé à 60 milliards de dollars par an.
  • Risque de décourager l'épargne personnelle et les efforts éducatifs, selon certains critiques comme Rachel Greszler de la Heritage Foundation.
  • Nécessité d'augmenter les impôts sur les revenus du capital, actifs et successions.

Les statistiques confirment les écarts : la richesse médiane des Blancs de 65-74 ans est de 302 500 $ (Brookings Institution), contre 46 890 $ pour les Noirs. Les familles blanches héritent trois fois plus souvent (Université de Columbia, 2018).

Les partisans soulignent les bénéfices : réduction de la dette étudiante, hausse de l'entrepreneuriat. Les opposants craignent un coût prohibitif et une démotivation. Des études de Columbia indiquent toutefois que même en version ambitieuse, les Baby Bonds ne résoudraient pas pleinement les inégalités structurelles.

En conclusion

Malgré l'échec de Booker, les Baby Bonds illustrent le débat sur le revenu de base universel, comme le "Freedom Dividend" d'Andrew Yang (1 000 $/mois dès 18 ans). Des précédents existent, tels les dividendes de l'Alaska Permanent Fund (992 $ en 2020).

Cette idée resurgira dans le discours politique américain.

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