WorldCom n'était pas seulement le plus grand scandale comptable de l'histoire des États-Unis, mais aussi l'une des plus importantes faillites jamais enregistrées. La révélation de la falsification des comptes par ce géant des télécommunications a suivi de près les affaires Enron et Tyco, qui avaient ébranlé les marchés financiers. Pourtant, l'ampleur de la fraude WorldCom a éclipsé ces scandales.
WorldCom est devenu synonyme de fraude comptable et un avertissement pour les investisseurs : quand tout semble trop beau pour être vrai, cela l'est souvent. Son PDG, Bernie Ebbers, charismatique avec ses bottes de cow-boy et son chapeau texan, a propulsé l'entreprise au rang de leader de la téléphonie interurbaine en Amérique via de nombreuses acquisitions. Au pic de la bulle internet, sa capitalisation boursière atteignait 175 milliards de dollars.
L'effondrement du boom technologique et la réduction des dépenses en télécoms ont poussé WorldCom à recourir à des manipulations comptables pour maintenir l'illusion d'une croissance rentable. Après le scandale Enron en 2001, de nombreux investisseurs se méfiaient déjà de l'histoire d'Ebbers.
Quelques semaines après sa démission forcée en avril 2002, il est révélé qu'en 2000, Ebbers avait emprunté 408 millions de dollars à Bank of America pour couvrir des appels de marge, avec ses actions WorldCom en garantie. Il perdit ainsi sa fortune. En 2005, il fut condamné à 25 ans de prison pour fraude sur valeurs mobilières.
La supercherie n'était pas sophistiquée : pour masquer sa baisse de rentabilité, WorldCom a capitalisé ses dépenses courantes comme des investissements, gonflant ainsi ses bénéfices nets et flux de trésorerie. Cela a exagéré les profits de 3,8 milliards de dollars en 2001 et de 797 millions au premier trimestre 2002, affichant un bénéfice de 1,4 milliard au lieu d'une perte nette.
WorldCom a déposé le bilan le 21 juillet 2002, un mois après la condamnation d'Arthur Andersen pour entrave à la justice dans l'affaire Enron. Cet auditeur, qui avait validé les comptes de WorldCom en 2001 et examiné le T1 2002, avait ignoré les alertes internes sur les irrégularités comptables.
Cette série de scandales a conduit à la loi Sarbanes-Oxley de juillet 2002, renforçant les obligations de transparence et les sanctions contre la fraude comptable. WorldCom a terni durablement la réputation des cabinets d'audit, banques d'investissement et agences de notation.
Bernard Ebbers fut reconnu coupable de neuf chefs de fraude sur valeurs mobilières et condamné à 25 ans en 2005. Scott Sullivan, après avoir plaidé coupable et témoigné contre lui, écopa de 5 ans. Ebbers obtint une libération anticipée pour raisons de santé en décembre 2019 après 14 ans purgés.
Grâce au financement de Citigroup, J.P. Morgan et GE Capital en tant que débiteur-exploitant, l'entreprise émergea de la faillite en 2003 sous le nom de MCI (acquise en 1997). Des dizaines de milliers d'employés perdirent cependant leur emploi.
Sans admettre de faute, les anciennes banques de WorldCom (Citigroup, Bank of America, J.P. Morgan) réglèrent 6 milliards de dollars aux créanciers, dont 5 milliards aux obligataires et le reste aux actionnaires. MCI versa 500 millions en cash et 250 millions en actions aux victimes. En janvier 2006, MCI fut rachetée par Verizon Communications.
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