L'efficacité X désigne le degré d'efficacité maintenu par les entreprises dans des conditions de concurrence imparfaite. Elle mesure la capacité d'une entreprise à tirer le maximum de ses intrants, comme la productivité des employés et l'optimisation des processus de fabrication. Dans un marché hautement concurrentiel, les entreprises doivent maximiser leur efficacité pour assurer des profits solides et leur pérennité. Cela n'est pas le cas en concurrence imparfaite, telle qu'un monopole ou un duopole.
L'efficacité X révèle des comportements irrationnels sur le marché. L'économie néoclassique traditionnelle supposait que les entreprises maximisaient toujours leur production aux coûts les plus bas, même sur des marchés inefficaces. Harvey Leibenstein, professeur d'économie à Harvard, a remis en question cette vision rationnelle, baptisant l'anomalie « X-efficacité ». Sans concurrence réelle, les entreprises tolèrent plus facilement les inefficacités opérationnelles. Ce concept permet d'évaluer le gain d'efficacité potentiel dans un environnement plus concurrentiel.
Né en Ukraine (1922-1994), Harvey Leibenstein était professeur à Harvard. Outre l'efficacité X et ses applications au développement économique, aux droits de propriété, à l'entrepreneuriat et à la bureaucratie, sa contribution majeure inclut la théorie de l'effort minimum critique, visant à briser le cycle de la pauvreté dans les pays en développement.
Pour calculer l'efficacité X, on sélectionne un point de données représentatif d'une industrie, modélisé via une analyse de régression. Par exemple, pour une banque, on divise les coûts totaux par les actifs totaux. Les données de plusieurs banques sont ensuite comparées pour identifier les plus efficaces et la position moyenne. Cette analyse peut s'appliquer à un pays pour un secteur spécifique ou à l'échelle internationale pour comparer variations régionales et juridictionnelles.
Leibenstein a introduit le concept en 1966 dans l'article « Allocative Efficiency vs. 'X-Efficiency' », publié dans The American Economic Review. L'efficacité allocative survient quand les coûts marginaux égalent le prix, typique d'une concurrence intense. Avant 1966, les économistes pensaient les entreprises efficaces sauf en cas d'inefficacité allocative. Leibenstein a mis en lumière des facteurs humains – direction ou employés – empêchant la maximisation de la production ou la minimisation des coûts.
Dans sa conclusion, Leibenstein note que « la théorie microéconomique se focalise sur l'efficacité allocative au détriment d'autres formes d'efficacité, souvent plus pertinentes. L'amélioration de l'efficacité non allocative est cruciale pour la croissance économique ». Il conclut que les coûts unitaires dépendent de l'efficacité X, influencée par la pression concurrentielle et les facteurs motivationnels.
Dans un monopole, Leibenstein observe moins d'efforts des travailleurs : sans concurrence, motivation et compétitivité diminuent. À l'inverse, une forte concurrence stimule les efforts. Augmenter l'efficacité X offre plus de gains en profits que l'efficacité allocative.
La théorie fut controversée, contredisant l'hypothèse de maximisation de l'utilité, pilier de l'économie. L'utilité représentant bénéfice ou satisfaction.
L'efficacité X explique pourquoi des entreprises rentables, face à peu de concurrence, manquent de motivation pour maximiser leurs profits.
Avant Leibenstein, on supposait une rationalité permanente sauf en concurrence extrême. L'efficacité X postule des degrés variables d'efficacité : sans motivation, les entreprises optent pour l'inefficacité X, renonçant à l'utilité maximale. Certains économistes y voient un arbitrage effort-loisirs maximisant l'utilité des travailleurs. Les preuves empiriques restent mitigées.
L'efficacité X et l'inefficacité X mesurent la même chose : la proximité de l'efficacité optimale. Une entreprise à 0,85 d'efficacité X opère à 85 % de son potentiel – excellent dans un marché régulé avec entreprises publiques. L'inefficacité X met l'accent sur l'écart : une entreprise publique à 0,35 est qualifiée d'« inefficace en X » pour souligner le fossé, bien que la mesure reste l'efficacité X.
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