La courbe de Phillips, développée par A. W. Phillips, illustre une relation stable et inverse entre l'inflation et le chômage. Selon cette théorie, la croissance économique s'accompagne d'une inflation qui favorise la création d'emplois et réduit le chômage. Cependant, des observations empiriques, notamment la stagflation des années 1970 avec inflation et chômage élevés simultanés, ont remis en question ce modèle original.
Ce concept économique postule que les variations du taux de chômage influencent prévisiblement l'inflation. Représentée par une courbe concave descendante (inflation sur l'axe des ordonnées, chômage sur l'axe des abscisses), elle montre qu'une hausse de l'inflation réduit le chômage, et inversement. Prioriser la baisse du chômage accroît l'inflation.
Dans les années 1960, une relance budgétaire était censée stimuler la demande globale : augmentation de la demande de travail, réduction du bassin de chômeurs, hausse des salaires pour attirer les talents, puis transfert des coûts salariaux aux consommateurs via des prix plus élevés.
Cette logique a conduit à des stratégies "stop-go" : fixation d'un taux d'inflation cible et ajustements budgétaires/monétaires pour équilibrer l'économie. Mais la stagflation des années 1970 a brisé cet équilibre, questionnant la validité de la courbe.
Le 27 août 2020, la Réserve fédérale américaine a annoncé qu'elle ne relèverait plus les taux d'intérêt en cas de chômage bas si l'inflation reste faible. Elle a adopté un objectif d'inflation moyenne, tolérant des dépassements temporaires de 2 % pour compenser les périodes inférieures.
La stagflation combine croissance stagnante, chômage élevé et forte inflation, contredisant directement la courbe de Phillips. Aux États-Unis, ce phénomène inédit des années 1970 a vu chômage et inflation grimper ensemble.
La stagflation a poussé les économistes à explorer le rôle des anticipations. Les travailleurs et consommateurs ajustent leurs attentes d'inflation, rendant la relation inverse éphémère à court terme.
Une politique monétaire expansionniste déplace initialement la courbe à court terme, mais les attentes adaptées la décalent vers l'extérieur à long terme, souvent autour du NAIRU (taux de chômage non accélérateur d'inflation), formant une verticale : seule l'inflation varie.
En stagflation, des anticipations rationnelles anticipent l'expansionnisme, décalant la courbe dès le départ, rendant la politique inefficace même à court terme et verticalisant la courbe au NAIRU.
[]